Papy et Mamie : revenez !

16 Oct

Je fais un rêve certaines nuits où je sonne à la porte de chez mes grands-parents. Quand ils ouvrent, je me sens tout excitée, si joyeuse, que je ne peux m’empêcher de tomber dans leur bras. Ce moment est si tranquille, si paisible et doux que des larmes roulent sur mon visage : je suis si heureuse de les revoir ! Je réalise combien ils m’ont manqué, combien leur mort a été une souffrance pour moi. Juste quelques phrases échangées, des câlins et un gentil mot de réconfort comme « nous sommes très heureux là-haut, très occupés aussi ! Ne sois pas triste pour nous ». Puis ils disparaissent comme ils sont arrivés, dans un souffle léger. Généralement, je me réveille en pleurs et je hurle : « papy, mamie, revenez ! »

Alors, pendant quelques jours après ce rêve, je ressens chaque fois leur présence comme de gentils fantômes qui me tournent autour et me chuchotent des mots d’encouragement et de confiance. Ensuite, je me sens bien, mais leurs paroles et leur image me hantent très longtemps.

De ce temps de l’enfance et même après, quand j’ai été plus âgée, il me manque tout : nos câlins, nos conversations, nos rêves et par-dessus tout toutes les petites choses simples faites ensemble, chacun de leurs sourires, chacune de leurs attitudes et de leurs petites habitudes. Leur vieillesse me manque, comme leur fragilité et leur vulnérabilité qui me rappelaient combien ils avaient besoin de notre protection, nous leur famille. Leur regard envers moi me manque, si tendre, si gentil, si indulgent et tolérant aussi.

Quand le « temps des grands-mères » comme j’aime l’appeler, disparaît, on peut dire qu’on est sur un nouveau chemin de notre existence, loin de l’innocence de l’enfance. On devient la nouvelle génération d’adultes de notre famille.

À présent, j’ai remarqué que mes parents ont cette merveilleuse façon d’être, et je peux mesurer combien ils me sont précieux, comme mes grands-parents le furent avant eux. Combien leur amour est important. Combien j’ai encore de milliers de choses à apprendre d’eux, de leur expérience de de la vie. Ils sont fragiles et ont besoin de ma présence plus que dans le passé. Ils veulent que je leur parle de ce que je vis jour après jour : ils sont curieux, patients et attentifs. Ils s’échappent de leur nouvelle solitude en promenant leur chien plusieurs fois par jour : ils rencontrent des gens et discutent avec eux. Ils me demandent de venir les voir au moins une fois par semaine (nous vivons tout près), et je trouve ce moment privilégié : je peux être moi-même, véritablement moi avec eux, après avoir passé une journée à jouer un rôle au travail ; j’enlève mes talons hauts et prends une tasse d’un délicieux thé avec eux. Comme je l’ai fait avec mes grands-parents de nombreuses années plus tôt,  j’adore discuter avec eux, les regarder comme si c’était la première fois. Je leur trouve une nouvelle habitude, un nouveau trait d’humour. Parfois ils se plaignent, mais pas très longtemps parce qu’ils ne veulent pas m’ennuyer ni me polluer avec leurs problèmes. Mais la raison principale, c’est qu’ils craignent que je ne revienne pas : je suis une de leurs deux filles, et ils ont autant besoin de moi que de ma sœur.

Quand je repense à l’adolescente rebelle et révoltée que j’ai été, à toutes ces crises passées à être en guerre avec eux, et que je compare les parents qu’ils ont été et les grands-parents qu’ils sont avec mes enfants, je remarque qu’ils ont beaucoup changé entre ces deux époques. Ils ne sont plus les mêmes. Quand je regarde en arrière, je peux seulement laisser le passé être une part d’eux révolue. Un côté de la vie qui ne reviendra pas : nous ne sommes plus les personnes que nous fûmes.

Parfois je me demande quel genre de grand-mère je serai quand ce temps arrivera, si jamais ma vie dure assez longtemps jusque là. Est-ce que mes enfants diront la même chose : que j’ai été une grand-mère différente de la mère que je fus ? Seront-ils nostalgiques en pensant à leurs propres grands-parents comme je le suis aujourd’hui ? Seront-ils effrayés également en pensant qu’ils vont devenir les nouveaux adultes de notre famille ? Quel genre de rêves feront-ils ? Est-ce que leurs grands-parents reviendront aussi dans leurs rêves les câliner ? Auront-ils des larmes ?

Viendront-ils de temps en temps me rendre visite quand je serai une grand-mère ? Trouveront-ils du temps pour moi ? Que puis-je faire aujourd’hui pour les rendre attentionnés plus tard ?

Tant de questions, et encore aucune réponse… En attendant, je retourne chez mes parents et redeviens leur petite fille au moins une fois par semaine. Et ça, c’est du bonheur !

Affectueusement,

Jane

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