Parle-moi, chéri(e) !

10 Avr

Parmi toutes les doléances que j’entends depuis de nombreuses années entre deux personnes qui vivent en couple, il y en une si stupide que je peux à peine la croire vraie : elles ne se parlent presque pas. Je suis sûre que vous avez entendu ça aussi, particulièrement venant d’un couple qui dure depuis longtemps. Est-ce que ça vous rend dingue également ? Dans notre monde séduit par une énorme masse d’informations, et surtout par tant de moyens différents d’échanger des mots, on peut croire que ces gens en couple 1/ ne sont plus amoureux 2/ sont idiots ou 3/ les deux. Dommage !

Je ne pense pas au mot « communiquer », utilisé par les psychanalystes et les psychologues qui semble être une grosse maladie qu’on ne pourra jamais soigner, mais de parler face à quelqu’un. Vous savez, le genre « Bonjour, comment vas-tu aujourd’hui ? », ou « Beau temps, aujourd’hui, n’est-ce pas ? » et plus encore « Je t’aime davantage jour après jour », « Je suis si heureux(se) que tu sois entré(e) dans ma vie », « Tu es tout pour moi », « Je me demande comment j’ai fait pour vivre sans ton amour », et ainsi de suite.

Je parle d’amour, au fait de prendre soin de quelqu’un qu’on chérit. Je parle de deux personnes qui s’aiment, même depuis un demi-siècle. De mots simples, dits pour quelqu’un qui sait les apprécier. Une phrase nue, c’est-à-dire sans artifice. Ce n’est pas compliqué à faire : sujet, verbe, complément. Qui ne saurait pas ?

Pourquoi est-ce si difficile de parler à l’autre ? D’où ça vient ? Une mauvaise habitude, moins d’amour, une vie trop accaparante ? Combien de gens vivent dans la même résidence et n’échangent pas plus de quelques mots au cours d’une journée ? Mais ils sont connectés avec le monde entier sur leur télévision, leur téléphone portable, leur PC, avec les réseaux sociaux, leurs amis, leurs enfants, leur patron, le teinturier, le restaurant asiatique du bas de la rue, leur compte bancaire en ligne, une boutique en ligne, des sites de rencontres… Il y a un truc qui ne va pas.

Pensez-vous vraiment qu’on puisse vivre de cette manière et être heureux ? Être connecté tout le temps avec le monde entier, d’accord, mais ça reste une socialisation virtuelle : ça semble vrai, mais en fait, ça ne l’est pas. Quand on a des ennuis, on appelle l’ami(e) qui vit près de chez soi pour nous aider, mais pas celui (ou celle) de l’autre côté de la planète, n’est-ce pas ? Combien d’ami(e)s pourraient arriver à la maison en dix minutes parmi tous ces gens dont on partage les « j’aime » ou des photos sur nos réseaux sociaux préférés ? Combien d’entre eux appelons-nous pour sortir prendre un verre ou manger un morceau quelque part un samedi soir ?

Par conséquent, être en réel contact avec quelqu’un demande de vivre assez près de cette personne. C’est être concerné par ce qui arrive dans sa vie, comme elle l’est par nous. Cela signifie avoir des émotions, des sentiments, en partageant quelque chose de plus qu’un simple « j’aime » : un café, un livre, un bel après-midi à la plage, ou une promenade. Certains d’entre nous désirent davantage qu’une connexion virtuelle avec les autres, et surtout vivre dans l’authenticité des rapports humains.

Je ne dis pas qu’internet est un danger, ni que ce soit un truc bizarre. Mais il pourrait être seulement un outil pour apprendre, lire, pas pour savoir comment les gens dirigent leur vie, dépensent leur argent, et où ils passent leurs vacances. On s’en fiche, en fait. On veut plutôt partager de belles émotions, des sentiments avec ceux que nous aimons ou dont nous nous soucions.

Quand je vois combien de temps est gaspillé en milliers de connexions sur internet, par personne et par jour, je ne me demande plus pourquoi les gens disent manquer de temps pour eux, pour faire du sport, ou pour méditer (entendez par là : au moins rester tranquille pendant un moment). Je réalise que parler avec quelqu’un n’importe où, n’importe quand, est devenu une performance. Nous n’osons pas aborder une personne inconnue au magasin du coin, ou qui croise notre chemin : c’est perçu comme une invasion de l’espace privé, une manière démodée de faire connaissance. Mais ça ne l’est sûrement pas quand on commence la journée en ouvrant le téléphone portable pour lire nos courriers électroniques et tous les « j’aime » des gens connectés dans nos réseaux sociaux.

Qu’y-a-t-il de mieux que de parler avec quelqu’un face à soi? Avec le voisin, notre fille, un(e) vieil(le) ami(e), la caissière de l’épicerie, dire « merci », sourire, dire « au revoir », ou simplement regarder ces gens comme des êtres humains et non plus comme des objets. Le monde a besoin de compassion, de bonté, d’intérêt envers les personnes qui croisent notre chemin. Nous aussi. Ce n’est pas difficile de commencer : faire juste le premier pas vers l’autre et lui parler. Peu importe comment on est habillé, qu’on soit vieux, jeune, riche ou pauvre : seulement dire « bonjour » en souriant. Ça marche, je le jure !

Affectueusement,

Jane

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