
Qui, dans le monde entier n’aimerait pas savoir en quoi réside le modèle de la séduction française ? Chaque fois que je sors des frontières françaises, je rencontre quelqu’un qui me pose plein de questions à ce sujet, et veut que je lui réponse sans mentir. Chaque fois ça finit pareil : « les français sont inimitables », dit la personne, avec un regret dans la voix.
Je ne peux pas expliquer pourquoi les gens qui vivent à l’extérieur de la France semblent si avides d’obtenir autant de renseignements. Peut-être parce que je suis française, les choses sonnent différemment ici… Je veux dire depuis l’intérieur ! Je suppose que le mythe français est vrai, au moins parce qu’il est vu ainsi en dehors de nos frontières. En adoptant le point de vue d’un étranger, je crois vraiment que le monde entier a raison : les séducteurs(trices) français(es)sont vraiment là, ferrant leurs proies comme jamais, dans un style inimitable !
Bon, je pourrais commencer en premier par leurs manières si… françaises ! Un mélange entre les très bonnes (en fait, usitées seulement par une minorité) et les très mauvaises. Les français détestent obéir à quiconque, détestent les lois, l’école et tout ce qui pourrait les empêcher d’être, de faire, ou de penser ce qu’ils veulent. C’est l’une des millions de raisons qui font des français des impolis : la révolution est inscrite avec le sang en chacun des français. Pour beaucoup de françaises, le mythe du mauvais garçon résiste : il joue de la guitare, ne coupe pas ses cheveux, et fume n’importe quoi, n’importe quand, n’importe où. Ni Dieu au-dessus de lui, ni de flics autour : de toute façon, il s’en fout. Il est libre, et vit comme s’il allait mourir demain… Pas bizarre : très franchouillard. Évidemment, il ne veut pas se marier. Il préfère aller ici ou là, changer de partenaire (quel mot conviendrait mieux ?) aussi souvent qu’il en a envie. Être libre a son revers aussi : le mauvais garçon français vieillit seul, sans enfant ni amour. Mais jusqu’à la fin, il sera le capitaine de son navire : son orgueil est aussi élevé que sa liberté.
Dans le même ordre d’idée, le mythe de la très belle française, prête à se faire aimer (elle n’est pas stupide au point d’aimer en retour), qui apprécie le sexe et ses consommateurs, la mode, le maquillage, le sport en salle et les régimes est toujours d’actualité. Je ne croise pas très souvent ce genre de dame (nos chemins sont un peu opposés, à vrai dire !), mais je peux affirmer qu’elles sont étonnantes : argent, pouvoir, luxe, attitudes et manières snobs. Elles bronzent sous des latitudes différentes que celles des autres françaises, et généralement connaissent mieux leur chirurgien esthétique que leur propre mère. Personne ici n’est choqué par une telle façon de vivre tant ces femmes se protègent de ce qu’elles ont l’habitude d’appeler « le petit peuple », ce qui signifie quiconque au train de vie inférieur au leur. Je pense que vous pouvez trouver ce genre de femme n’importe où sur la planète, n’est-ce pas ?
Cependant il y a un modèle qui existe, toujours étrange et indéfinissable, celui appelé le séducteur français d’origine latine, qui est en fait un genre sans style du tout : un homme, un peu macho, un peu féministe (ça dépend du moment), qui vous ouvre la portière de la voiture pour montrer que sa mère l’a bien élevé, qui fait beaucoup de sport, aime la mode pas chère, les bons vins, et être amoureux (comprenez avoir du bon sexe). Il conduit sa voiture comme s’il s’agissait d’une arme offensive, déteste les files d’attente, sourire sauf pour une promotion de travail, et se raser. Il joue avec votre cœur parce qu’on lui a appris depuis l’enfance qu’un homme, un vrai, doit être rustre, mais il pleure à la naissance de son premier enfant. Il jure tout le temps, ment, critique, râle à propos de tout dans la vie, depuis sa naissance jusqu’à sa mort. Le séducteur français de 2016 est fait d’un nombre hallucinant de contradictions. C’est la raison pour laquelle il est juste un imbécile avec un drapeau tricolore.
Du côté des femmes, c’est un peu différent, mais pas comme vous le croyez. Désolée d’être si brutale, mais je peux vous dire que le mythe de la parisienne n’existe que dans les magasines britanniques. Par exemple, allez prendre un métro de bonne heure le matin à Paris pour comprendre. Personne ici ne ressemble à une française à la mode : ça caille, il est tôt, dehors il fait nuit, et ça ne sent pas bon autour de vous. Paris sous la terre n’est pas un tapis de défilé de mode. C’est l’enfer. Par contre, je peux vous dire que les françaises sont les meilleures du monde pour rester sexy même quand elles sont fauchées, qu’elles savent faire une jupe avec un petit morceau de tissu, et sont au régime d’un bout à l’autre de l’année sans se sentir déprimées. Elles bossent dur, se tapent tout à la maison avec ou sans homme, sont polies et cultivées, belles et intelligentes. Elles rêvent du prince charmant (parce que la France a été une royauté jusqu’au 19ème siècle) qui pourrait être gentil, sexy et aurait le sens de l’humour. Aucune chance qu’elles le trouvent par ici, mais elles essaient vraiment pourtant (comprenez elles pleurent souvent à cause des hommes) parce qu’elles sont optimistes et passionnées. Et idiotes avec eux, aussi… mais elles finissent par le comprendre sur le tard (à 50 ans, l’âge de la ménopause) quand elles décident de changer de job/mari/pays/garde-robe/voiture/sport/amis… Je veux dire que la française est un mélange de milliers de contradictions (beaucoup plus que pour les hommes comme vous pouvez l’imaginer), mais elle ne sortirait jamais sans du rouge-à-lèvres ni avec du poil aux pattes. Elle est un personnage marrant dans un film tendre, celui dans lequel elle joue chaque matin quand elle s’éveille pour aller bosser : difficile, beau, solitaire, jamais le même, jamais doux, mais intéressant, passionnant et par-dessus tout, le sien.
Affectueusement,
Jane